- Fin de nuit en forêt de Bélizon (mars 2015) -  photo Hadrien LALAGUE © hadrien-lalague.com




Le principe consiste à placer une source lumineuse riche en UV au milieu du biotope dont on cherche à étudier l'entomofaune : forêt primaire, secondaire, lisière de savane etc... il est important de choisir des zones assez dégagées afin que le rayonnement soit visible au plus loin ; les milieux trop "fermés" ne donnant souvent que de maigres résultats. Ce phénomène d'attraction des insectes vers les lumières est bien connu des entomologistes du monde entier et on peut d'ailleurs l'observer même avec nos insectes métropolitains autour d’un éclairage public ou d’une lampe sur nos terrasses le soir en été.

Il est préférable de choisir des nuits avec le moins de lune possible, l’idéal se situant dans le créneau d'une quinzaine de jours autour de la lune noire. Le rayonnement lunaire peut effectivement interférer avec les lumières et rendre le piège beaucoup moins productif, voire inopérant !

On peut pratiquer cette technique de chasse toute l’année en Guyane. On trouve certaines espèces de longicornes tout le temps, mais certaines n’émergent qu’en saison des pluies et d’autres qu’en saison sèche. Il faut donc pratiquer cette méthode tout au long de l’année pour avoir un échantillonnage représentatif de la faune guyanaise.



- MATERIEL NECESSAIRE -



Il n’existe pas vraiment de structure « type » dans les commerces spécialisés. Chaque entomologiste doit donc se fabriquer son piège en composant avec la puissance des lampes, la taille de la structure ainsi que les contraintes du terrain et du pays où l’on chasse. En Guyane, la principale contrainte étant l’humidité, la fabrication « maison » de l’ensemble de la structure doit se faire en matériaux étanches au maximum (surtout pour la partie électrique) et anti-corrosion pour une bonne longévité ; le tout étant capable de supporter de grosses averses tropicales et une humidité ambiante pouvant dépasser 95 % !


-1- Le drap de chasse :     


Il peut être de taille variable, en fonction des dimensions de la structure et du nombre de lampes (celui de notre piège fait 180 x 290 cm). Sa fonction première est de servir de support aux insectes venant aux lumières, c’est pourquoi on le préfère de couleur claire afin de bien distinguer toutes les bêtes posées. Il est équipé de tendeurs directement cousus sur les côtés pour assurer une surface bien plane, surtout lorsqu’il est détrempé après une nuit très pluvieuse et recouvert d’insectes.


-2- La structure


Elle doit être solide, légère, facile à monter et surtout anti-corrosion. Notre structure est composée de deux mâts télescopiques de 2 mètres de part et d'autre sur lesquels sont fixés des systèmes d’attaches rapides et deux mâts au centre avec un support spécial pour accrocher les lampes, le tout maintenu par un réseau de filins reliés au sol par des pitons de fixation. Pour la lampe d'appel, on peut utiliser une canne à pêche télescopique de 4-6 mètres un peu bricolée ou un manche télescopique en aluminium que l'on peut trouver chez tous les piscinistes. Il faut surtout veiller à la bonne stabilité de l'ensemble devant résister aux bourrasques parfois violentes en saison des pluies !


-3- Les ballasts :   


On choisit les ballasts en fonction du nombre et de la puissance des lampes utilisées. Pour notre piège, il nous faut deux ballasts de 125 W, un de 250 W et un de 400 W. Ils ont pour fonction de fournir la haute tension nécessaire à l’allumage des lampes à vapeur de mercure et permettent ensuite de limiter le courant les traversant. Cela permet aux lampes de supporter la pluie, contrairement aux lampes dites « mixtes », ayant la fâcheuse tendance à exploser à la première averse ! Nos ballasts sont montés en série dans un boîtier résistant à l’eau, reliés à une prise étanche d’entrée du courant d’une part, et quatre prises étanches de sorties vers leurs ampoules respectives d’autre part.


-4- Les ampoules :     


Nous utilisons donc des lampes à vapeur de mercure. Outre les avantages de résistance à la pluie cités ci-dessus, elles ont également la fonction de dispenser une lumière blanche couvrant un large spectre dans le rayonnement ultraviolet. Ce sont ces UV qui vont attirer les insectes au piège. Une lampe dite « d’appel » de 400 W est fixée sur un mat de 4 à 6 mètres, de façon à être visible au plus loin et deux lampes de plus faible puissance (125 ou 250 W) sont placées au niveau du drap de façon à fixer les insectes sur ce dernier, nous permettant de sélectionner les espèces recherchées. On peut coupler nos ampoules à des tubes actiniques UV (type néon d’aquariophilie) ou lumière noire afin d’élargir le spectre lumineux et attirer d’autres espèces. Il faut également penser à utiliser des douilles en porcelaine adaptées, les lampes à vapeur de mercure dégageant une température d’environ 300 °C, faisant fondre les douilles classiques !


-5- Le groupe électrogène :    


 Il doit être choisi en fonction de la puissance générale nécessaire. Il vaut mieux privilégier un groupe de qualité et de marque reconnue pour sa bonne résistance aux climats chauds et humides. Il doit également être prévu pour des utilisations de 11 à 12 heures en continu ; nous ne voyons en effet que trop souvent des entomologistes de passage dans la région acheter un groupe "bon marché" et se retrouvant en panne au bout de 4-5 heures de fonctionnement ! On peut ainsi gâcher sa première nuit et parfois même son séjour avec des dépenses supplémentaires imprévues ! (et ne pas oublier de faire la vidange toutes les 50 heures de fonctionnement !)



- CONSEILS PRATIQUES -



- Prévoir une rallonge suffisamment longue pour éloigner au maximum les nuisances sonores du groupe électrogène. Attention, certains groupes  ne tolèrent pas les rallonges dépassant 30 mètres !
Penser également à bien le protéger de la pluie !


- Bien dégager la zone de chasse ! En effet, si on laisse trop de végétation basse autour du piège, beaucoup d’insectes vont se poser dedans, à l’instar du drap, et peuvent passer inaperçus ! Malgré tout, il est très important de bien inspecter les alentours du piège car certaines espèces de longicornes sont attirées par les lampes et fuient rapidement la lumière directe (Prioniens par ex.), et vont se poster au sol dans une zone d'ombre ou le long d’une plante à proximité. Si la zone est donc bien dégagée, cela rend l’opération de recherche de nuit plus aisée ! De la même manière, le piège doit être placé dans une zone suffisamment éloignée des arbres. Ces derniers, se trouvant trop proches de la lampe d’appel, feraient office de piste d’atterrissage pour beaucoup d’insectes alors inatteignables pour l’entomologiste !


- Se munir d'une lampe frontale étanche de bonne qualité ; outil indispensable pour trouver les bêtes cachées aux alentours du piège.


- Prévoir de quoi se confectionner un abri contre les intempéries ; en saison des pluies, on peut se faire copieusement arroser pendant des heures !